LE FIGARO. Comment évolue le métier d'auditeur?
Martin HUERRE, directeur des ressources humaines France chez Mazars. Vers de plus en plus de responsabilités. Au début des années 2000, les affaires Enron et Parmalat ont eu pour conséquence de renforcer cet aspect du métier. Aujourd'hui, la mondialisation des marchés rend de plus en plus complexe l'audit des groupes internationaux. Les cabinets doivent donc disposer d'une large expertise en finance, comptabilité, actuariat, droit, fiscalité… Un groupe comme le nôtre, présent dans 44 pays, a vocation à épouser cette évolution. Par ailleurs, l'offre globale audit-conseil doit s'inscrire dans un cadre déontologique renforcé.
Combien de jeunesdiplômés recrutez-vous?
Nous connaissons une très forte croissance puisque notre chiffre d'affaires, tant en France qu'au niveau mondial, a progressé de 50 % en trois ans. Pour accompagner ce développement, nous recrutons chaque année environ 350 personnes en France (plus 200 stagiaires) dont deux tiers de jeunes diplômés issus d'écoles de commerce (45 %), d'écoles d'ingénieurs (25 %) et de l'université (30 %). Nous tenons à cette diversité. Et pour resserrer nos relations avec les candidats, nous venons de créer sur notre site Internet une communauté «Mazars, c'est nous». Les étudiants peuvent ainsi entrer en relation avec des collaborateurs de tout niveau assistant, manager, associé pour savoir, concrètement, qui nous sommes, ce que nous faisons, quels sont nos projets de développement…
Quelle est votre politique pour les attirer?
Pour un assistant junior, le salaire proposé 32 000 à 43 000 euros par an reste très attractif et connaît une évolution dynamique. Par ailleurs, les débutants ne sont pas spécialisés. Ils peuvent intervenir aussi bien dans la banque, l'assurance, les services que dans l'industrie. Ils se trouvent ainsi confrontés à des thématiques différentes qui leur procurent une véritable ouverture d'esprit. Les seniors, eux, se spécialisent, en fonction de leurs affinités et bénéficient d'une progression de carrière plus rapide que chez nos concurrents.
L'audit est-il toujours un tremplin pour réussir une carrière dans d'autres domaines?
Incontestablement. Ainsi, beaucoup d'anciens de chez Mazars occupent des postes prestigieux dans des directions générales ou financières : cette fonction d'accélération de carrière est bien connue des étudiants. Mais il est évidemment surtout possible de faire de belles carrières dans des cabinets d'audit ou de conseil. Si les métiers de l'audit et du conseil sont déjà très formateurs en eux-mêmes, nous encourageons, pour garder et développer nos talents, la mobilité géographique et la mobilité fonctionnelle entre nos différents métiers.
À 43 ans, Antoine de Riedmatten, associé chez Deloitte France, a plus d'une corde à son arc. Expert-comptable et commissaire aux comptes, il certifie les comptes de sociétés, notamment du CAC 40. Il gère également un groupe de 150 auditeurs qui interviennent chez des grands clients des secteurs de la distribution et des services.
En interne, il supervise le recrutement (plus de 1 000 personnes par an dont 500 jeunes diplômés), les relations avec les grandes écoles et la formation (240 000 heures chaque année).
Diplômé de Sciences Po Bordeaux, titulaire d'une maîtrise de gestion et d'un DESS, Antoine de Riedmatten n'est pas venu à l'audit par hasard. «Pour prendre cette décision en toute connaissance de cause, j'ai choisi un troisième cycle comportant un stage de quatre mois dans un cabinet où j'ai d'ailleurs été embauché comme auditeur junior.»
En 1990, il en rejoint un autre, Calan Ramolino et Associés, racheté en 1997 par Deloitte. « On m'a confié l'harmonisation des plannings des deux cabinets ce qui a facilité mon intégration, car j'avais une vue d'ensemble des équipes et des clients.»

«Mettre en commun notre expertise»
Trois ans plus tard, il prend en charge le secteur distribution et biens de consommation (audit, conseil, fusions-acquisitions…) sur l'ensemble de la France, puis est chargé, en 2004, de l'animation du knowledge management de Deloitte. « Nous avons développé des outils permettant de mettre en commun l'expertise de nos 6000 collaborateurs.»
Enfin, en septembre dernier, il accède à ses fonctions actuelles.
« Au départ, je comptais rester trois ans dans un cabinet d'audit puis passer à autre chose. Or cela fait maintenant vingt ans que je travaille dans ce domaine, souligne Antoine de Riedmatten.
Mais la diversité des clients, des missions, les fonctions managériales ont enrichi mon expérience et m'apportent des satisfactions professionnelles que je n'avais pas prévues à mes débuts.»
Assistant junior, senior, manager : à première vue, le parcours de Charles Abbey, 32 ans, chez KPMG, est des plus classiques. «En réalité, souligne l'intéressé, j'ai pu mener, à ma demande, plusieurs carrières.» Diplômé de l'université Paris-Dauphine (master de finance) et expert-comptable, il a rejoint le premier cabinet d'audit et d'expertise comptable français en janvier 1999. « Faisant partie du pôle industriel, j'ai notamment participé à des missions dans le pétrole en Algérie, au Cameroun et en Angola. »
Deux ans plus tard, devenu assistant senior, il intègre le département « transaction services». «Le métier consiste à accompagner des clients qui ont un projet de rachat ou de cession de société , à la fois en réalisant un audit d'acquisition (“due diligence”) et en analysant les leviers de génération de cash , de manière à les aider dans leur prise de décision.»

À l'automne 2003, attiré par l'international, il va poursuivre ce job à l'étranger en s'envolant pour l'Australie. « Ce fut une expérience très enrichissante, à la fois sur le plan personnel et professionnel. Mon champ d'activités recouvrait tous les secteurs. En outre, beaucoup de groupes français ont leur tête de pont pour l'Asie du Sud-Est basée à Sydney.»
De retour à Paris, en août 2006, ses responsabilités sont élargies. «Je suis toujours dans le département “transaction services”, mais en plus je m'occupe, pour le compte des ressources humaines, de vingt jeunes collaborateurs : évaluation, suivi de carrière…» L'avenir? « Je souhaite étendre mon champ d'expérience pour devenir associé chez KPMG, ce qui est la suite logique de mon parcours , déclare Charles Abbey. Aujourd'hui, je me suis spécialisé dans les domaines des énergies fossiles mais aussi renouvelables. L'éolien, notamment, est un secteur passionnant actuellement en pleine consolidation.»
« Durant mes deux dernières années d'études, faites en alternance, j'ai travaillé chez SwissLife, notamment dans la création et la vente de produits d'assurance-vie, ce qui m'a permis de m'intégrer tout de suite dans un milieu professionnel », explique Guillaume Folscheid,24 ans, diplômé de l'ESCP-EAP. «Or, les cabinets d'audit et de conseil sont très demandeurs de personnes ayant une expérience dans le secteur de l'assurance.»
Envois de CV. Entretiens. En septembre 2006, il est embauché par PricewaterhouseCoopers (3 800 salariés en France) comme auditeur junior.
«Certification des comptes consolidés, validation des normes IFRS, analyse des procédures de contrôle interne… Toutes mes missions se sont déroulées dans de grands groupes d'assurances français, mais aussi américains dont certains, ou leurs filiales, cotés à Wall Street. »
En septembre dernier, à sa demande, il rejoint, le département du conseil (secteurs banque et assurance). « Nous travaillons en équipe, et nous intervenons surtout dans la gestion des risques financiers », précise Guillaume Folscheid.

«Je suis chassé trois fois par mois»
« Pour un consultant, il est essentiel d'établir un climat de confiance avec le client. Car avant de lui proposer une solution il faut d'abord bien analyser le problème et cerner ses attentes.»
Comme beaucoup d'auditeurs et de consultants, il fait l'objet de sollicitations extérieures. « Parfois, un client me propose un poste et, en moyenne, je suis contacté trois fois par mois par des chasseurs de tête.» Mais, pour l'heure, il se sent bien chez PricewaterhouseCoopers, un cabinet «très formateur », dont la politique salariale est « attrayante » et qui offre des perspectives d'évolution de carrière « assez rapides ». « PwC étant présent dans 150 pays, j'espère bien partir un jour à l'étranger, de préférence aux États-Unis, car ma femme est américaine », indique Guillaume Folscheid.






